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Quand la balle devient verdict : requiem pour Zamy Wanderson

Delmas 83, théâtre d’un drame absurde, a vu tomber Zamy Wanderson, 19 ans, promesse d’un basketball haïtien qui peine déjà à respirer entre ballons crevés et gymnases fantômes. Une balle partie d’un fusil tenu par un agent de sécurité du Ministère de l’Éducation nationale a tranché net un destin en plein élan. La jeunesse sportive perd un frère, le pays perd un visage d’avenir, et l’État encore une fois se découvre incapable de protéger la vie qu’il prétend chérir.

Zamy n’était pas qu’un joueur. Fils de la rue Romain, voisin du Gymnasium Vincent, il incarnait ce que le sport a de plus noble : une échappée belle contre la fatalité. Depuis ses dribbles enfantins au tournoi de mini-basket en 2017 jusqu’à ses envolées récentes au Super 8 U18 sous le maillot des Splash Brothers, il avait fait du terrain son refuge, de l’équipe sa famille, de la balle son espoir. Mais dans cette République où l’espérance se fait toujours tirer dessus, l’épopée s’est arrêtée brutalement, frappée par la poudre légale d’un uniforme officiel.

La Fédération haïtienne de basketball a crié son indignation, comme on crie dans le désert. Notes, communiqués, condoléances : des mots qui tentent de recoller ce que la mort a déchiré. Mais comment ignorer l’ironie d’un Ministère de la Jeunesse et des Sports qui, au lieu de se remettre en cause, trouve le loisir d’accuser l’État, comme si lui-même n’en était pas une excroissance ? Quelle gymnastique de l’esprit faut-il pour se proclamer victime quand on est, par définition, partie du monstre ? À force de jongler avec les responsabilités, ce ministère ressemble moins à un arbitre qu’à un spectateur moqueur, assis au premier rang du chaos, distribuant critiques comme on distribue des tracts.

Faut-il rappeler qu’un Ministère de la Jeunesse devrait être le gardien des rêves, non le commentateur cynique des enterrements ? Qu’un Ministère des Sports devrait bâtir des terrains, non rédiger des notes pleines de larmes de crocodiles ? Qu’un Ministère dit “d’Action civique” devrait, au minimum, poser des actes ? Ici, rien : ni vision, ni courage, ni mémoire. À peine une indignation empruntée, creuse comme un tambour sans peau.

On dira que Zamy repose en paix. Mais la vérité, c’est que la paix n’habite pas encore cette terre. Lui qui aurait pu incarner un futur capitaine, un champion, un modèle, n’aura droit qu’à une chronique funèbre et à la postérité des regrets. Lui est parti, mais sa balle continue de rebondir dans nos consciences. Elle frappe à la porte de chaque gymnase abandonné, de chaque ministère somnolent, de chaque bureau climatisé où l’on rédige des communiqués au lieu de sauver des vies. Qu’il repose, certes. Mais que l’État, lui, se lève enfin de sa torpeur.

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